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Ibiza dans les années 1950 et 1960 – Un murmure avant la tempête

Bar Anita / San Carlos = Sant Carles de Peralta © Pinterest

Avant l'ère du tourisme de masse, Ibiza était une île oubliée, perdue au cœur de la Méditerranée – un monde paisible, façonné par le sel, le soleil et le rythme de la terre. Dans les années 1950, la vie y s'écoulait lentement. On vivait de la terre, de la pêche, des techniques artisanales transmises de génération en génération. L'électricité était rare. L'eau courante, un luxe. Et le temps… personne n'éprouvait le besoin de le mesurer.

Les villages se dressaient immobiles, baignés de soleil et d'une blancheur immaculée, leurs épais murs de pierre abritant des histoires transmises de génération en génération. Des chèvres erraient le long de chemins poussiéreux, des femmes en châles noirs portaient des paniers sur la tête et les hommes se levaient avec le soleil pour cultiver des champs où aucune machine n'existait. La vie était rude, certes, mais empreinte de dignité, de rituels et d'une solidarité tacite entre voisins.

Dans les années 1930 et 1940, la guerre civile espagnole a longtemps pesé sur l'Espagne, mais Ibiza est restée relativement épargnée par ses pires atrocités. La dictature de Franco a suivi, et l'île a sombré dans un silence encore plus profond, isolée même de son propre pays. Et c'est précisément ce silence, cette absence du paysage de la modernité, qui a permis à Ibiza d'être redécouverte.

À la fin des années 50 et tout au long des années 60, un nouveau type de voyageur commença à arriver. Des artistes, des poètes, des marginaux, des rêveurs – ceux qui s'étaient lassés des villes et cherchaient la liberté, la beauté et un sens indéfini. Ils arrivaient avec des carnets vierges, les doigts tachés de peinture, pieds nus et les yeux grands ouverts. Ils trouvaient de vieilles fincas abandonnées dans les collines et, lentement, doucement, ils allumaient un feu de créativité qui allait façonner l'âme de l'île.

À San Carlos, Santa Gertrudis et sur les falaises balayées par les vents d'Es Cubells, des communautés de chercheurs et d'insulaires coexistaient. Les fermiers observaient ces nouveaux venus avec curiosité, puis avec bienveillance. C'était une entente tacite : deux mondes, côte à côte. Le rythme ancestral rencontrait l'esprit bohème, et quelque chose d'unique naissait.

Cette Ibiza-là – la paisible et dorée – respire encore dans les fissures des vieux murs, dans les chants des fêtes locales et dans le parfum du romarin porté par le vent. On peut encore la retrouver, si l'on sait écouter. Mais il faut faire silence. Car cette Ibiza-là ne crie pas. Elle se souvient.

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